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L’improbable ”alter ego” français de Stefan Zweig

11.9.2018 Bonnes lectures 0 Commentaire
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Sur Stefan Zweig, tout a été écrit ou presque. On connait son amour pour la France, son admiration pour la ville-lumière, ses relations très fortes avec nombre d’intellectuels français, au premier plan desquels Romain Rolland.

Oui, mais voilà, il manquait quelqu’un à cette galerie de portraits…Et ce quelqu’un n’est autre que le principal traducteur de Stefan Zweig en France, un petit homme trapu au regard vif qui, selon l’état-civil de Vieux-Condé, petit village du Nord de la France, à la frontière franco-belge, où il voit le jour le 30 décembre 1881, a pour nom Alzire Léonce Guillaume Hella.

Retenons l’orthographe qu’il a lui-même choisie, Alzir sans e – il a même été jusqu’à gommer cette lettre sur la carte d’identité que lui a émise la Préfecture de Police de Paris le 4 janvier 1945 ! Taille : 1,55 m, cheveux : gris, moustache grise, yeux marrons, révèle-t-elle…Alzire, cela faisait sans doute trop féminin pour cet adversaire de l’ordre établi, adepte des explications viriles ! Atteint d’une importante déviation de la colonne vertébrale, il se heurte très jeune au regard des autres et, en réaction, se montre bagarreur et indiscipliné. C’est par des coups qu’il se venge des moqueries ou du mépris dont il est l’objet à l’école. Petit mais fort, il ne craint pas la bataille. Jeune homme, il clame haut et fort ses convictions libertaires. Devenu anarchiste, individualiste intransigeant, il encourt amendes et peines de prison pour violences, infraction à la police des chemins de fer et autres voies de fait.

Comment ce militant ouvrier, ce syndicaliste fervent a-t-il pu croiser la route du bourgeois autrichien qui a fait sa gloire et l’honore de son amitié ? Dans des « réunions d’anarchistes », comme le suggère Friderike Zweig dans l’une de ses lettres ? Par un ami commun ? Si oui, lequel ? Que se disent les deux hommes tout au long des lettres échangées pendant plus de 10 ans ?

C’est ce que nous invite à découvrir Anne-Elise Delatte dans son livre “Alzir Hella, La voix française de Stefan Zweig” d’une plume aussi alerte que celui qu’elle décrit et pour lequel elle éprouve une tendresse qui transparait à chaque page. Elle rit – et nous avec elle- devant les facéties et les coups de sang de cette figure atypique qui pourrait être un personnage de roman tant son parcours est exceptionnel, tout comme l’est le duo improbable qu’il forme avec Stefan Zweig. Une chose est sûre : retenez bien ce nom d’Alzir Hella, car c’est à son travail acharné que Zweig doit son succès phénoménal en France. Comme homme et comme traducteur, il est entier, passionné – et passionnant !

A propos d’Alzir Hellan, Anne-Elise Delatte écrit :

“Ainsi lorsque nous sommes ensemble tous les deux, il faut que ce soit à tout prix un moment drôle et plein de joie, et pas seulement un moment d’ailleurs, mais bien quelques heures lumineuses.” Ces mots sont ceux de Stefan Zweig à son traducteur français, Alzir Hella. Homme de l’ombre, la voix française de l’auteur autrichien est une figure énigmatique, un personnage atypique, qui ne mâche pas ses mots, un amoureux des livres qui clame haut et fort ses convictions anarchistes. Épris de justice, d’égalité, de liberté, ce travailleur acharné né à la frontière franco-belge parcourt en tous sens les routes européennes, incitant partout où il passe les ouvriers à la révolte. Portant au plus haut les valeurs de fraternité, de solidarité et d’entraide, courageux et exigeant, « l’ami Hella » apprend en chemin tous les métiers qui se présentent et toutes les langues qu’il a l’occasion d’entendre. Un anarchiste souvent emprisonné, ami de l’élégant viennois ? Comment les chemins de deux hommes aux univers aussi opposés ont-ils pu se croiser, au point que l’un doive à l’autre sa notoriété en France qui persiste encore aujourd’hui ?


Sortie le 12 septembre 2018

Alzir Hella, La voix française de Stefan Zweig” / 468 pages. 150 x 240 / Avec des illustrations.

Prix public 24 €.

A commander sur le site de l’Éditeur Éric Jamet 


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