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Du côté des clichés

Germains, Gaulois, Celtes, etc. : quelle différence ?

26.3.2017 Du côté des clichés 0 Commentaire
Troupes auxiliaires germaines, des combattants mercenaires aux côtés des Romains (sur la Colonne Trajane)
Troupes auxiliaires germaines, des combattants mercenaires aux côtés des Romains (sur la Colonne Trajane)

César est le premier à nommer “Germains” quasiment tous les peuples de l’Europe transrhénane, dont le défaut principal semblait être leur refus – à la différence des “Gaulois” – d’entrer comme fédérés dans l’Empire romain. “Germain” signifie en latin les “frères” et les Germains sont probablement tous ces “peuples frères” plus ou moins alliés ou contractants avec Rome. Ils fourniront l’Empire romain en bêtes de trait et de monte, ainsi qu’en mercenaires et troupes auxiliaires, mais leurs couches dirigeantes qui négocient ces traités d’échanges ne voudront pas s’intégrer dans un système susceptible de leur ôter les avantages sonnants et trébuchants de l’autonomie et de les obliger à payer l’impôt… Des peuples frères, donc potentiellement faux-frères, cela va ensemble et… de soi.

César

César

César introduit ainsi une différence entre Gaulois et Germains, alors qu’avant lui tous les peuples voisins habitant l’Europe continentale au Nord du Rubicon était globalement désignés comme des Gaulois. Car, en réalité, le terme “Gaulois” correspondait d’abord à la catégorie géographique des territoires et leur peuplement situés au Nord de la République latine. Ainsi la Gaule commençait-elle sur les rives du Rubicon, au Sud de la plaine du Po et s’étendait sur tout le pourtour des Alpes. Pour les Romains, la Gaule englobait donc l’actuelle France, mais aussi l’actuelle Allemagne du Sud, l’Autriche et bien sûr la Suisse.

Aux yeux des Grecs antiques, ces mêmes régions continentales (et non méditerranéennes) étaient peuplées par les “Keltoi” ou “Galatoi”, des mots grecs de la même racine que “Gaulois”. Les Grecs y incluaient la partie non perse de l’Asie mineure occidentale.

Autrement dit, avant César les futurs Germains étaient des Celtes comme les autres. Et ce n’est qu’au 19e siècle que le nationalisme français réduira la Gaule au seul espace politique français actuel.

Hermann ou Arminius

Arminius un général Romain qui a trahi Rome,… les nationalistes en ont fait Hermann, le “Vercingétorix” “allemand, victorieux au Teutoburger Wald et qui a défait le trois légions Romaines de Varus

Environ 30 ans avant la victoire de César à Alésia, le diplomate gréco-romain Posidonios évoquait pour la première fois ces “frères” en parlant d’un peuple que les Tungres (les actuels Wallons) désignaient comme leurs frères à l’embouchure du Rhin (les Flamands).

Posidonius

Posidonius, Philosophe et Diplomate. Le jeune César avait été son élève.

Pour ceux qui s’intéressent à ce que l’on dénomme – en langage scientifique et non folklorique breton – la “culture Celte” (en fait la fin de l’époque dite “de la Tène” qui succède à la période “Hallstatt”… courez vite sur votre encyclopédie “Wikipedia”), ils savent que le foyer de cette civilisation européenne globale était l’espace géographique actuellement occupé par la Franche-Comté et la Lorraine, l’Allemagne du Sud et l’Autriche… Le reste n’est que délire régionaliste dans le sillage des contes et légendes nationalistes.

Teutons imaginaires

Teutons imaginaires

Les “Teutons” de l’époque, de leur côté, ne se sont jamais appelé “Germains”… puisque le mot est latin et utilisé de manière politique pour désigner ces imbéciles de Gaulois qui ne voulaient pas devenir Romains… ce qu’ils sont quand même devenus, mais pour partie seulement, le long du Rhin et en Bavière du Sud et en Autriche.

Ceux que les Romains désignaient comme des “Germains” (après César et Tacite) se dénommaient en réalité en fonction de leurs différentes “nations”, c’est-à-dire les alliances généralement anti-romaines :  die Franken (les insoumis), die Sachsen (du nom d’une hache de combat commune), die Bayern, die Sueben, die Alamannen (union de tous les combattants), etc….

En tant qu’ensemble, l’addition de ces Nations étaient désigné à partir du 8e siècle par un terme germanique latinisé en “theodiscus” (attesté en 786), puis “diutiscus” (vers 800), enfin “diutisch” en vieil allemand que vous retrouvez en français d’oil sous les noms “Thiais” et “Thiois”.  De là le “deutsch” de l’allemand moderne.

La racine de ce mot en vieux germanique est “theoda” (qui a donné “thousand” en anglais ou “Tausend” en allemand), c’est-à-dire le “millier”.

En fait, ce mot renvoyait à la “masse” (les milliers) des paysans allemands de lAntiquité et du Haut Moyen-Âge qui ne parlaient pas le latin… en argot français : les ploucs.

Germain et sa "frame" (javelot décrit par César)

Germain et sa “frame” (javelot décrit par César)

Quant à l’étymologie fantaisiste de “Germanen” comme les “Ger-Männer”, les guerriers équipés du “ger”, un javelot de jet, elle est contredite par les textes de Tacite en personne. Il décrit soigneusement l’armement germanique et note que le javelot germanique est le “frame” qui sert d’abord à assurer l’avancée des rangs de combattants dans les combats de corps à corps et secondairement au jet à distance. Le “ger” n’apparaît qu’au 8e siècle comme nom d’un javelot de jet qui équipe les armées franques.

Le terme “deutsch” n’a cessé d’être méprisant que vers la fin du 12e siècle pour désigner, à partir de là et de manière neutre, les populations germanophones. Tout comme on dirait les “scandinaves” pour les Suédois, Norvégiens, Islandais, Danois et Finnois, la majorité des Allemands se comprennent encore aujourd’hui comme un ensemble de peuples différents fédérés et non comme une Nation à la française…. le nazisme était une parenthèse tragique largement inspirée de l’exemple unitariste jacobin de la grande Révolution Française. En Allemagne, on reste d’abord Saxon ou Bavarois, par exemple, et l’on est allemand que secondairement. La possession de la nationalité allemande comme nationalité principale a été imposée par Hitler et a été reprise par la République fédérale de 49. Auparavant la nationalité principale des Allemands du Reich était d’abord celle du Land. On était Badois, par exemple, avant d’être Allemand, tout comme actuellement on est Français avant d’être Européen. C’est ainsi que nos passeports actuels sont conçus comme des documents européens émis dans le cadre de chaque état de l’Union. Dans la plupart des aéroports du monde il existe une file spéciale de contrôle réservée aux citoyens européens

Il faut aussi se souvenir qu’on parlait jusqu’à la fin du 15e siècle du “Saint Empire Romain des Nations allemandes” (au pluriel) pour désigner les régions de l’Empire qui étaient peuplées par des Allemands, à une époque où les textes politiques du Saint Empire étaient, quant à eux, encore rédigés majoritairement en latin.

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Le Saint Empire Romain… des Nations Allemandes (les Allemands ne s’appellent pas “Germains”)

C’est Maximilien Ier qui va appeler à l’unité des Princes allemands en faisant désigner l’Empire dans les Conclusions de la Diète sous le nom de “Saint Empire Romain de Nation Allemande”,… le Français – têtus comme pas un – diront de “Nation Germanique”.

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Un “vrai” Germain vu par les contemporains

En conclusion, oublions donc les différences – très artificielles – entre des catégories abstraites (“Germains”, “Gaulois”, Celtes”, … également “Anglo-Saxons”, “Normands”, “Latins”, etc.) qui affirment des différences culturelles et des antagonismes là où ils n’existent pas vraiment… et qui conviennent à ceux qui ne cessent de vouloir réinventer les frontières et séparer, voire opposer les Européens entre eux.


 


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