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Du côté des clichés

Laïcité et Sekularität

25.4.2016 Du côté des clichés 2 Commentaires
Fronton laïque
Fronton laïque

Par­mi tous les cli­chés stu­pi­des sur l’Al­le­ma­gne, ré­gu­liè­re­ment ser­vis aux Fran­çais par les mé­dias et au­tres com­men­ta­teurs “sa­vants”, ce­lui de l’ab­sence de sé­pa­ra­tion en Al­le­ma­gne en­tre Eglise et Etat et, con­sé­quem­ment, l’ab­sence de “laï­ci­té” à la fran­çaise.

Voi­là un cas d’école d’une mé­con­nais­sance to­tale du sys­tème al­le­mand, une con­tre-vé­ri­té si­dé­rante qu’il se­rait bon de pou­voir cor­ri­ger, pour évi­ter la mul­ti­pli­ca­tion de faus­ses idées sur un voi­sin beau­coup plus “pro­che” que les Fran­çais ne se l’ima­gi­nent.

Tout d’abord no­tons une in­con­grui­té de vo­ca­bu­laire : comme en France, il y a plu­sieurs Egli­ses en Al­le­ma­gne (et ce de­puis la Ré­forme et la Paix d’Augs­bourg) et, qui plus est, il y a 16 Etats fé­dé­rés. Il faut donc par­ler de la sé­pa­ra­tion en­tre les com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses et les Etats (Län­der). C’est un dé­tail qui comp­te.

Plus gé­né­ra­le­ment pour com­pa­rer les deux ré­gi­mes de “laï­ci­té” et de Säku­la­rität” il faut ces­ser de mê­ler la sé­pa­ra­tion en­tre com­mu­nau­tés et ad­mi­nis­tra­tion éta­ti­que d’un côté et, de l’au­tre, les for­mes de la pré­sence des re­li­gions dans l’es­pace pu­blic. Ain­si, par exem­ple, la sé­pa­ra­tion to­tale en­tre l’État amé­ri­cain et les com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses, n’em­pê­che pas une pré­sence très forte des re­li­gions dans la vie po­li­ti­que et celle de la so­cié­té ci­vile. Il s’agit de deux réa­li­tés dis­tinc­tes et il faut exa­mi­ner le cas al­le­mand de la même ma­nière : ne pas se lais­ser trom­per par les ap­pa­ren­ces.

Par­mi tou­tes les ap­pa­ren­ces faus­se­ment in­ter­pré­tées, il y a le fa­meux “im­pôt d’église” et les “cours de re­li­gion” qui font dire aux Fran­çais que l’Etat al­le­mand im­pose à tous ses ci­toyens de payer pour les égli­ses et sou­met tous les élè­ves des éco­les à une “ins­truc­tion re­li­gieuse”.

Fai­sons donc “la peau” à ces deux cli­chés :

1) Il est faux de dire que tous les Al­le­mands payent un im­pôt d’église à l’Etat :

Seuls les croyants, re­cen­sés par le fisc comme mem­bres dé­cla­rés d’une com­mu­nau­té re­li­gieuse, payent un im­pôt pour leur église. Les non-ins­crits dans une quel­con­que église ou sy­na­go­gue ne payent rien… bien heu­reu­se­ment.

Cet “im­pôt d’Eglise” au­près des mem­bres de cha­que église ou com­mu­nau­té re­li­gieuse est col­lec­té dans cha­que Land par les Län­der (donc ni par l’Etat fé­dé­ral, ni di­rec­te­ment par les Egli­ses).

­La­ déclaration de l’ap­par­te­nance – ou non – à une Eglise se fait au mo­ment de la dé­cla­ra­tion d’im­pôts. Co­cher sur sa dé­cla­ra­tion fis­cale que l’on est ca­tho­li­que ou pro­tes­tant ou au­tre est un acte pu­re­ment ad­mi­nis­tra­tif et non la re­con­nais­sance d’une foi. Il existe d’ailleurs des athées qui font par­tie d’une com­mu­nau­té d’Eglise, sim­ple­ment parce que c’est une fa­çon de par­ti­ci­per à une par­tie de la vie as­so­cia­tive lo­cale, par exem­ple, et des croyants qui ne sont pas mem­bres d’une com­mu­nau­té.

Il faut com­pren­dre – et c’est dif­fi­cile pour les Fran­çais qui ne con­nais­sent qu’une Na­tion in­di­vi­si­ble avec un Etat – que dans le sys­tème fé­dé­ral al­le­mand les Egli­ses et au­tres com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses sont con­si­dé­rées par les Etats al­le­mands et par la Fé­dé­ra­tion comme des “Cor­po­ra­tions de droit pu­blic” qui à l’ins­tar du Va­ti­can ont une sou­ve­rai­ne­té de type éta­ti­que sur les mê­mes ter­ri­toi­res qu’eux. El­les jouis­sent ain­si d’un sta­tut d’Etats à côté et sé­pa­rés des Etats ter­ri­to­riaux, mais avec des pou­voirs li­mi­tés : el­les n’ont droit de faire ni ar­mée, ni po­lice, ni di­plo­ma­tie, ni pré­lè­ve­ment des im­pôts.

Con­sé­quem­ment, en tant que corps pu­blics sé­pa­rés des Etats et qui as­su­ment des ser­vi­ces pu­blics pro­pres à leurs or­ga­ni­sa­tions, el­les ont be­soin d’un bud­get au­to­nome. Mais comme el­les n’ont pas le droit de pré­le­ver un im­pôt, cha­que Land leur rend le ser­vice de le pré­le­ver à leur place (en même temps que le sien pro­pre).

En échange de ce ser­vice de “fer­mage gé­né­ral”, cha­que Land pré­lève au pas­sage, pour ré­tri­buer son ser­vice, un pour­cen­tage de cette masse fi­nan­cière (va­ria­ble se­lon les Län­der, dans une four­chette ap­proxi­ma­tive en­tre en­vi­ron 2 et 5%).

Ain­si con­trai­re­ment à l’Etat fran­çais, les Etats al­le­mands ne payent pas de char­ges qui in­com­bent aux Égli­ses, tel­les par exem­ple cel­les des sa­lai­res de pro­fes­seurs des éco­les con­fes­sion­nel­les pri­vées (au reste as­sez ra­res en Al­le­ma­gne) comme c’est le cas pour sec­teur sco­laire pri­vé et con­fes­sion­nel fran­çais.

Les Etats fé­dé­rés ver­sent des sub­ven­tions aux égli­ses pour l’en­tre­tien ma­té­riel des égli­ses re­mar­qua­bles, alors qu’en France c’est l’Etat qui gère di­rec­te­ment les bâ­ti­ments ins­crits aux mo­nu­ments his­to­ri­ques (et les com­mu­nes, les au­tres).

L’Etat par­ti­cipe ce­pen­dant au sa­laire des hauts res­pon­sa­bles des ap­pa­reils des Egli­ses (les évê­ques). C’est fon­dé his­to­ri­que­ment sur la sé­cu­la­ri­sa­tion des biens d’église et une forme de “dé­dom­ma­ge­ment” (éter­nel ?) des dio­cè­ses. Mais cela a éga­le­ment un sens par rap­port au rôle de mé­dia­teur des évê­ques en­tre l’Etat sé­pa­ré des ap­pa­reils des Egli­ses (et au­tres com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses dé­cla­rées comme Cor­po­ra­tion de droit pu­blic).

Hé­las, les mu­sul­mans, in­ca­pa­bles de s’en­ten­dre, sont pri­vés de cette pos­si­bi­li­té de se cons­ti­tuer un bud­get au­to­nome.

2) Il est faux de dire que l’en­sei­gne­ment re­li­gieux con­cerne tous les en­fants al­le­mands :

Seuls les en­fants des croyants qui l’ac­cep­tent “bé­né­fi­cient” de cet en­sei­gne­ment. Dans cer­tains Etats les en­fants “dis­pen­sés” par leurs pa­rents doi­vent sui­vre un en­sei­gne­ment mo­ral laïc. Ailleurs les en­fants n’ont pas de cours.

Qui plus est en­sei­gne­ment ne sau­rait être con­fié à des hom­mes/fem­mes d’église. Ce sont des en­sei­gnants laïcs, fonc­tion­nai­res d’Etat, qui sont seuls ha­bi­li­tés à dé­li­vrer les con­nais­san­ces du fait re­li­gieux aux en­fants ins­crits dans ces cours fa­cul­ta­tifs (mais les dif­fé­ren­tes com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses ont le droit de re­gard sur les con­te­nus).

Com­men­tai­res

Pour tou­tes ces rai­sons, nom­bre d’Al­le­mands pen­sent vi­vre sous un ré­gime de sé­pa­ra­tion des Egli­ses et des Etats plus strict (et plus clair) que ce­lui des Fran­çais, pour sa part plu­tôt opa­que.

Cette sé­pa­ra­tion est dé­si­gnée en Al­le­mand par le terme “Seku­la­rität” qui, en pra­ti­que, si­gni­fie la même chose que “laï­ci­té” en France. Pour les Al­le­mands le terme “laïc” (der Laie) est in­uti­li­sa­ble, voire étrange. En ef­fet, le terme dé­si­gne, à la ma­nière du ca­tho­li­cisme fran­çais, le croyant mem­bre de la com­mu­nau­té qui n’a pas ac­cès aux sa­cre­ments.

C’est pour­quoi l’al­le­mand “Laie” dé­si­gne aus­si, par ex­ten­sion et d’abord, l’ama­teur op­po­sé au pro­fes­sion­nel, voire un igno­rant tout court.

Cela dit, la sé­pa­ra­tion à l’al­le­mande en­tre Egli­ses et Etats est éga­le­ment con­si­dé­rée par cer­tains Al­le­mands comme une sé­pa­ra­tion in­ache­vée, sur­tout au re­gard de la sé­pa­ra­tion to­tale dont les USA sont le mo­dèle. En ef­fet, cette sé­pa­ra­tion à l’al­le­mande sup­pose une co­exis­tence par­te­na­riale et des ac­cords de coo­pé­ra­tion en­tre les deux ins­ti­tu­tions. En France l’Etat sé­cu­lier se con­si­dère comme seul et uni­que Etat sur son ter­ri­toire et se place au des­sus de toute vie as­so­cia­tive, com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses com­pri­ses.

Cette hié­rar­chie fran­çaise est, aux yeux des Fran­çais une évi­dence qu’il se­rait su­per­flu d’in­ter­roger. Mais, vu de l’ex­té­rieur, cette om­ni­pré­sence éta­ti­que à l’”étage” su­pé­rieur de la société sem­ble pro­lon­ger tout na­tu­rel­le­ment une réa­li­té po­li­ti­que déjà im­po­sée par l’ab­so­lu­tisme mo­nar­chi­que.

La for­mule al­le­mande est, quant à elle, le ré­sul­tat d’un com­bat de près de deux siè­cles en­tre les puis­sants sé­cu­liers et les or­ga­ni­sa­tions re­li­gieu­ses. Ce com­bat a cul­mi­né au cours du fa­meux Kul­tur­kampf (après 1871 aux dé­buts du Reich al­le­mand) mené par Bis­marck con­tre les ca­tho­li­ques et le Va­ti­can (voir le PDF de l’ar­ti­cle Wi­ki­pe­dia à té­lé­char­ger au bas de cette page).

Mais cette ha­che de guerre que la Ré­pu­bli­que de Wei­mar a su ha­bi­le­ment en­ter­rer en 1919, avait déjà été dé­ter­rée bien avant : c’est une lon­gue his­toire al­le­mande de­puis la Que­relle des In­ves­ti­tu­res jus­qu’aux guer­res de re­li­gions. La Paix d’Augs­burg pour sa part n’avait abou­ti qu’à une co­exis­ten­ce tan­tôt fra­gile, tan­tôt bien ac­cep­tée des re­li­gions en­tre el­les.

En France, au con­traire, le ca­tho­li­cisme est long­temps res­té seule re­li­gion li­cite. Les li­ber­tés des re­li­gions à peine ins­tal­lées après la Ré­forme ont été ra­pi­de­ment abo­lies par la Ré­vo­ca­tion de l’Edit de Nan­tes. La loi de 1905 a su im­po­ser une co­exis­tence de com­mu­nau­tés li­ci­tes, mais l’ac­tua­li­té mon­tre que les Fran­çais ont en­core un pro­blème avec la di­ver­si­té des re­li­gions et leur vi­si­bi­li­té dans l’es­pace pu­blic. C’est la rai­son pour la­quelle on peut pen­ser que l’ab­so­lue laï­ci­té à la fran­çaise a quel­que peu hé­ri­té du sta­tut (et des in­to­lé­ran­ces) de l’an­cienne re­li­gion d’Etat ca­tho­li­que et sa re­ven­di­ca­tion ab­so­lu­tiste.

No­tons aus­si que l’his­toire al­le­mande a été tra­mée d’une suc­ces­sion de di­ver­ses sé­cu­la­ri­sa­tions des biens d’égli­ses dès la fin de la Guerre de Trente Ans avec le Trai­té de Westpha­lie en 1648.

La sé­cu­la­ri­sa­tion, puis la “laï­ci­té” fran­çaise, avec son ca­rac­tère car­ré et ab­so­lu­tiste, s’est faite de ma­nière plus abrupte, au mo­ment de la Ré­vo­lu­tion, puis avec la Loi de 1905. Chez les Al­le­mands, la sé­para­tion en­tre Egli­ses et Etats al­le­mands, est le ré­sul­tat d’un long pro­ces­sus pro­gres­sif et ca­ho­teux, avec une suc­ces­sion in­in­ter­rom­pue de com­pro­mis en­tre les or­ga­ni­sa­tions re­li­gieu­ses et les puis­sants de ce monde.





2 Commentaires

  1. Kretschmer Sonja dit en

    Ich bin zufällig auf diese Seite gekommen über ein Projekt in Ulule). Der Religionsunterricht, so wie ich ihn als Deutsche erlebt habe, ist zudem noch sehr umfangreich – ich habe ihn mehr als Religionslehre im allgemeinen Sinn in Erinnerung. Wir sprachen damals über Islam, Buddhisten (Philosophie), Protestanten, Orhtodoxe usw usw. Ich habe ihn nicht als Glaubensunterricht in Erinnerung sondern als Lehre welche verschieden Glauben Menschen haben oder haben können.
    Inzwischen bin ich schon 50 und seit 30Jahren in Frankreich aber ich denke nicht, dass sich dies sehr geändert hat oder?
    je suis tombée à tout hasard sur votre site en consultant un autre projet sur Ulule. l’enseignement de religion comme je l’ai vécu était très complet – je l’ai plus en mémoire comme un enseignement général sur les religions. Nous parlions à l’époque de l’islam du bouddhisme (philosophie), protestants, orthodoxes, etc, etc. Je ne l’ai pas en mémoire comme un enseignement de foi mais plus comme un enseignement sur les différentes fois que les humains ont ou peuvent avoir. Cela fait plus de 30ans que je vis en France et j’ai 50ans mais je ne pense pas que cela s’est modifié de beaucoup, n’Est-ce pas?
    Bonne journée de Bourgogne


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