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Achives A propos...

…de foot et de drapeaux.

30.6.2014 Achives A propos... 2 Commentaires
Berlin, le 19 mars 1848 : la barricade de Breite Strasse
Berlin, le 19 mars 1848 : la barricade de Breite Strasse

Le foot est partout et, partout en Allemagne, les drapeaux et couleurs nationales : aux fenêtres, aux balcons, en haut des portes des voitures, sur les rétroviseurs, sur les murs du bistrots… une débauche de drapeaux petit et grands. Inquiétant ? Non ! Au contraire, ce “patriotisme” sportif tranche singulièrement sur certains pavoisements de sinistre mémoire. Cette fois-ci il est plutôt bon enfant, spontané et sans arrière-pensée politique.

Mais sait-on bien ce que signifie la tricolore allemande : noir, rouge et or ?

Elle est le drapeau des Républicains de 1848 et de l’Assemblée de Francfort, puis du Reich sous le régime républicain dit de Weimar et, depuis l’après-guerre, celui de la République fédérale d’Allemagne (également de feu la République Démocratique Allemande).

Ne dites jamais “noir-rouge-jaune” : les nazis avaient  ainsi dégradé les couleurs républicaines pour désigner leurs ennemis jurés : le noir des catholiques, le rouge des socialistes et le jaune pour les juifs.

Aux yeux des Républicains de 1848, le noir rappelait les temps sombres de la féodalité et le rouge incarnait leur combat révolutionnaire menant les Allemands unis vers un nouvel âge d’or, de liberté, de justice et de fraternité : „Schwarz die Vergangenheit, rot der Kampf und golden die Zukunft.“ (Noir le passé, rouge le combat et d’or l’avenir)

En 1849, devant la première Assemblée Nationale de Francfort, le roi Guillaume IV de Prusse avait commenté les couleurs allemandes ainsi :

Es sind die deutschen Farben per excellens, sie schildern den philosophischen und politischen Weg den die Deutschen Denker der Aufklärung eröffnet haben : Aus Nacht durch Blut zum Licht! (1)

Mais, bien avant que les quarante-huitards ne s’en emparent, noir-rouge-or étaient déjà les couleurs allemandes des “Burschenschaften” (sociétés étudiantes) de la Confédération Germanique qui rêvaient d’unité nationale républicaine. En 1819, ils chantaient entre autres :

Denn nicht ein Meteor, das, schnell entzündet,
Am schwarzen Himmel wieder untergeht,
Nein dieses Rot hat Schöneres verkündet,
Nicht Eitles, was die eitle Zeit verweht,
Die schwarze Nacht muß sinken,
Ein Morgenrot erblinken.
Schon bricht sein goldner Strahl hervor mit Kraft –
Das ist dein Zeichen, teutsche Burschenschaft! (2)

Ces étudiants vénéraient la couleur noire des uniformes (avec boutons dorés et ceinture de tissu rouge) du Freikorps du Freiherr von Lützow, le corps franc de la Résistance allemande qui se battait contre l’occupation napoléonienne.

Cavalier des Corps Francs de Lützow

Cavalier des Corps Francs de Lützow

Le poète Theodor Körner le magnifia ainsi en 1813 :

Wildherzige Reiter schlagen die Schlacht,
Der Funke der Freiheit ist glühend erwacht,
Und lodert in blutigen Flammen.
Und wenn Ihr die schwarzen Reiter fragt :
Das ist Lützow´s wilde verwegene Jagd. (3)

Etincelle, braise et flammes sanglantes et le noir des cavaliers…

Ils n’étaient pourtant pas les premiers. Car on dit que, durant la Guerre des Paysans (1524 et 1525), les miliciens de la “horde noire” de Florian Geyer arboraient eux aussi ces trois couleurs dans leurs combats révolutionnaires contre les féodaux et l’Eglise. Le fameux chevalier d’empire aurait dit :

Unser Gold haben Adel und Pfaffen aus unserm Schweiß geschlagen, bis unsere Trauer schwarz war wie Nacht und unsere Wut rot wie Blut.“ (4)

Couleurs révolutionnaires, couleurs républicaines et… couleurs impériales : elles sont  aussi les couleurs héraldiques du Saint Empire. Le 4 mars 1152, lors du sacre royal de Frédéric Barberousse à Francfort (trois ans avant d’être couronné empereur à Rome), le tapis sur lequel il se rendit de la cathédrale à sa Résidence, au “Römer”, était aux couleurs noir, rouge et or. Derrière son passage, on découpa le tapis en morceaux que l’on distribua à la foule en liesse. Les citoyens de Francfort en firent des fanions et les accrochèrent aux fenêtres et à leurs hallebardes avec lesquelles ils défilèrent dans les rues. Un premier pavoisement joyeux et populaire plus de huit siècles avant celui de la coupe du monde de football !

Le noir était la couleur du pouvoir armé, le rouge celle du pouvoir de justice pénale et d’or était la lumière divine qui éclairait l’empereur. Noir était l’aigle impérial, rouge son bec et ses griffes, le tout sur fond or. C’étaient déjà les couleurs des Césars antiques qui régnaient du Tigre à Gibraltar et du Main à l’Atlas.

Une longue, longue histoire…


(1) Ce sont les couleurs allemandes par excellence, elles décrivent le chemin philosophique et politique que les penseurs allemands des Lumières ont ouvert : sortir de la nuit par le sang (en allant) vers la lumière

(2) Car, non pas tel un météore qui, vite embrasé,
sombre de nouveau dans le ciel noir,
non! ce rouge a annoncé quelque chose de plus beau,
rien de vain qu’un vain temps disperse,
la nuit noire doit s’effacer,
une aurore rouge s’allumer,
déjà son rayon doré apparaît avec vigueur,
c’est ton signe, Burschenschaft allemande ! Le sang

(3) Des cavaliers féroces mènent la bataille
l’étincelle de la liberté s’est élevée luisante
et s’embrase en flammes de sang
Et si vous interrogez les cavaliers noirs :
c’est l’audacieuse chasse sauvage de Lützow

(4) La noblesse et les curés ont frappé notre or avec notre sueur jusqu’à ce que notre deuil soit noir comme la nuit et notre colère rouge comme le sang


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